Du 8 au 10 juin 2021, la capitale espagnole a accueilli la 4e édition du Forum des villes. Madrid, qui a opté il y a longtemps pour le développement des transports collectifs, a pu faire la promotion de son modèle. De quoi donner des idées à d’autres grandes régions urbanisées d’Europe, comme l’Ile-de-France.

Planification et espaces verts, équité sociale, économie circulaire, mais surtout réseaux de transports collectifs et mobilité durable sur fond d’ambition climatique : en juin, Madrid s’est transformée en tribune internationale des bonnes pratiques urbaines et péri-urbaines. Lors du 4e Forum des villes, la capitale espagnole a rappelé aux grandes villes espagnoles et aux autres capitales européennes qu’elle a toujours eu un temps d’avance en matière de transports. Et qu’elle a donc des idées à proposer. Que ce soit pour la place prépondérante du vélo et des pistes cyclables en centre-ville, ou pour l’interconnexion de différents modes de transports, entre voitures, bus et métros.

La grande réussite des gares multimodales

Comme Paris, Madrid est une ville étalée, tentaculaire, entre son centre-ville et ses banlieues, plus ou moins lointaines. Comme Paris, elle a été victime du tout-voiture et a donc cherché des solutions pour proposer un modèle mixte, entre modes de transport individuels et collectifs. Celles et ceux qui connaissent Madrid et ses environs ont forcément déjà croisé les grands autocars verts. Ils font partie du paysage, en ville comme en banlieue, mais aussi sur autoroute.

Cette omniprésence s’explique par l’existence de sept grandes gares multimodales, à chaque point d’entrée de l’agglomération madrilène. Tous les matins, les bus express affluent vers ces hubs interurbains, connectés aux lignes de métro. « Toutes les entrées de Madrid sont embouteillées le matin, explique un usager. Avec ces bus, s’il n’y a pas d’accident, on arrive très vite au travail, et sans problèmes. »

À Madrid, ces gares intermodales sont superposées les unes aux autres : la gare routière pour les bus de ville en surface, la gare routière pour les bus express de banlieue au niveau -1 et, après une minute d’escalator, la gare du métro au niveau -2 comme c’est le cas à la gare La Moncloa. Une véritable ruche où se croisent chaque jour 4000 bus et 100000 usagers.

Le maillage madrilène se fait autour de sept axes interurbains venant de la banlieue vers le centre-ville, concentrant un réseau de plus de 350 lignes d’autocars. Pour fluidifier le trafic, plusieurs autoroutes ont mis en place des lignes de circulation spécifiques pour les transports collectifs, afin de motiver les automobilistes à troquer leur volant pour le siège confortable d’un bus express.

Les usagers espagnols ont vite été séduits par le dispositif : près d’un million de personnes utilisent quotidiennement ces voies rapides pour bus et autocars, désengorgeant les axes de circulation et réduisant ainsi l’impact des véhicules particuliers sur l’environnement.

« Les innovations introduites placent les discours de la mobilité à Madrid dans un processus de transition entre la culture automobile traditionnelle et une nouvelle culture de la mobilité partagée, douce et durable », écrivait Alicia Fernández García, chercheuse à l’Université Paris 8 de Saint-Denis en 2019.

Des exemples à suivre en France

La région parisienne aurait tout à gagner à généraliser de telles gares multimodales, dans toutes les directions. Il en existe déjà, comme à Longvilliers sur l’A10, au sud de la capitale française, où un parc multimodal vient d’ouvrir le 14 décembre dernier, permettant la conjonction de plusieurs offres de transport. Ici, les habitants de la région peuvent déposer leur vélo ou leur voiture pour monter à bord d’un bus express (5 lignes) et du RER, ou encore recharger leurs véhicules électriques grâce à 4 bornes de recharge ultra-rapides.

« Pendant de nombreuses années, j’ai préféré ma voiture, pensant que ce serait plus confortable, explique un habitant de la vallée de Chevreuse qui aujourd’hui rejoint Paris en bus puis en RER, via la gare multimodale de Longvilliers. Et j’ai fait volte-face. C’est une démarche écologique qui est bonne pour la planète puisque ça va limiter les émissions de carbone. »

Cette nouvelle infrastructure, qui a été mise en place par VINCI Autoroutes, a nécessité un investissement de six millions d’euros. « 60 % des déplacements sur autoroute sont des trajets du quotidien, principalement domicile-travail, avance Marc Bouron, directeur général de Cofiroute et DGA de VINCI. Il est donc logique que nous prenions en compte cette problématique, y compris celle du parking. Nous nous positionnons comme un opérateur de mobilité pour proposer un mode de transport complet. » Mais comparé à Madrid, Paris est en retard. Des gares comme celles de Longvilliers, il en faudrait en de multiples points de la grande couronne.

Autre piste à développer davantage : les voies dédiées aux véhicules collectifs sur autoroutes, que ce soit pour les autocars ou pour le covoiturage. Toutes les sociétés concessionnaires ont des projets dans ce sens, certains déjà opérationnels, la plupart en cours d’étude, chez VINCI comme chez Sanef qui gère le tronçon-clé Paris-aéroport de Roissy.

« À l’origine, les autoroutes ont été créées pour les trajets longue distance, explique Arnaud Quémard, PDG de Sanef. Mais elles font aujourd’hui partie intégrante de la mobilité du quotidien, avec l’augmentation constante du nombre d’habitants en banlieue et en grande banlieue. Cela entraîne à la périphérie de Paris des embouteillages, une congestion persistante et de la pollution. […] Nous proposons de réserver la voie de gauche au covoiturage, aux véhicules propres, et à un système de bus express qui permettrait à des automobilistes d’entrer dans la capitale en laissant leur voiture dans de très grands parkings de covoiturage. »

En région parisienne comme dans le reste de la France, des projets sont dans les cartons. Mais encore faut-il que la volonté politique de l’État et des collectivités territoriales suive, pour répondre enfin à la demande des usagers.

La mobilité durable, un vrai choix politique

La mobilité est en effet l’affaire de tous, pouvoirs publics, opérateurs autoroutiers et usagers. À Madrid, les transports publics ont même été l’un des thèmes centraux des dernières élections municipales du 4 mai dernier, remportées par Isabel Díaz Ayuso (PP). Arrivé en troisième position, le leader sortant de la Communauté de Madrid Ángel Gabilondo (PSOE) avait mené campagne sur l’abaissement des tarifs vers un abonnement à 5 euros.

L’argument n’a pas séduit les électeurs qui ont préféré voir le nombre de lignes augmenter et la qualité des services s’améliorer. Comme quoi tout n’est pas qu’une affaire de gratuité ou de tarifs abaissés au maximum. Avec des moyens renforcés en faveur des transports durables, l’agglomération madrilène a réussi à transformer en profondeur sa manière de vivre la route. Et les principaux bénéficiaires restent évidemment les usagers. Un exemple à méditer.

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