Avec le dispositif financier ‘Coup de pouce’ lancé le 1er juillet dernier, l’exécutif espère faciliter l’acquisition de véhicules électriques par les particuliers. Dans le secteur de la mobilité verte où les grands groupes industriels sont omniprésents, plusieurs startups, PME et ETI se distinguent. Tour d’horizon.
Le 31 décembre 2025, il sera trop tard. La nouvelle campagne d’accompagnement financier pour l’achat d’un véhicule électrique neuf dure 6 mois, mais permettra aux potentiels acheteurs d’obtenir des aides pour tout véhicule n’excédant pas 47000 euros. « Le dispositif « Coup de pouce Véhicules Particuliers Électriques » s’inscrit dans le cadre du dispositif des certificats d’économies d’énergie et a pour objectif de faciliter l’acquisition d’un véhicule électrique neuf par un ménage », avance le ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation dirigé par François Rebsamen. Ces nouvelles primes versées aux acquéreurs le sont dans le cadre du dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE), et sont principalement prises en charge par les vendeurs d’énergies et leurs délégataires.
Les batteries, le nerf de la guerre
Aujourd’hui, le secteur de la mobilité électrique en France réunit de très nombreuses entreprises, autour de deux principaux types d’activité : les fabricants de batteries pour les véhicules à deux ou quatre roues d’un côté, et de l’autre les fournisseurs d’énergie et les gestionnaires d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques – désormais connues sous l’acronyme IRVE. Il s’agit là des équipements indispensables à la recharge, comme les bornes personnelles ou celles installées dans l’espace public. Quel que soit le type d’activité, ces acteurs industriels investissement désormais massivement. Certains ne travaillent qu’en France, d’autres regardent au-delà des frontières.
Une start-up comme Verkor finalise par exemple sa gigafactory dans la région de Dunkerque qui devrait entrer en production d’ici la fin de l’année. Si la Chine s’est imposée depuis longtemps comme leader mondial de la production de batteries électriques, la France a aussi des arguments à faire valoir. « Les batteries, c’est un métier qui est assez difficile, reconnaît Benoît Lemaignan, CEO et cofondateur de Verkor. En France, nous avons quand même un petit syndrome d’infériorité qu’il faudrait réussir à s’enlever. Il faut arrêter d’avoir des complexes, et se mettre en avant. Le Japon puis la Corée ont mis plusieurs années à bien stabiliser les productions. Nous sommes sur chemin-là. Ça ne va pas se faire en un an, et c’est peut-être ce qu’il faut que nous réapprenions collectivement : l’industrie, c’est le temps long. » Avec son premier site de production de Grenoble, Verkor alimente principalement Renault. La nouvelle usine dans les Hauts-de-France fera probablement passer l’entreprise dans une autre dimension.
Mais l’acquisition d’un véhicule neuf – onéreuse à cause du prix des batteries – reste compliquée pour bon nombre de ménages français. Cet écueil a donc donné des idées à certains entrepreneurs. Comme le dit Clément Molizon, délégué général de l’Avere, « la démocratisation du véhicule électrique passera par le marché de l’occasion », les véhicules électriques devant eux aussi s’inscrire dans le modèle de l’économie circulaire. Dans cette optique, une startup tricolore – Revolte – s’est lancée dans l’aventure de la réparation des véhicules électriques en 2020. « Les voitures électriques doivent durer 100 ans, professe Alexis Marcadet, cofondateur de Revolte. Nous croyons en effet que les voitures électriques peuvent durer plusieurs décennies, à condition de changer nos mentalités. Ce n’est pas seulement une question technique, c’est un engagement citoyen. »
Booster le déploiement des bornes de recharge
Côté utilisation des véhicules électriques légers – voitures comme motos –, la réussite de l’électrification du parc ne passera que par la généralisation des bornes de recharge, partout sur le territoire. Dans ce secteur hyperconcurrentiel, une ETI (entreprise de taille intermédiaire) française fondée en 2013 est en train de s’imposer en France comme en Europe : avec 34000 points de recharge, Allego accompagne à la fois les usagers de la route ayant fait le choix de l’électrique, mais aussi les entreprises privées pour leur flotte professionnelle et les collectivités locales. Son objectif : le déploiement à grande échelle de hubs de recharge rapides et ultra rapides. Au printemps dernier, cette filiale du fonds d’investissement Meridiam a changé de statut en recrutant deux pointures : Christian Zeh au poste de directeurs des opérations – un ex-cadre de Tesla Superchargers, d’E.ON et de Ionity, trois autres entreprises en pointe sur ce marché – et Jean Gadrat au poste de directeur du marketing – passé par Thales, Vinci ou encore Indigo Weel. « Nous pouvons recharger, avec nos prises universelles, tous types de véhicules y compris des deux-roues, souligne Jean Gadrat chez Allego. On recharge des scooters électriques, mais aussi des trottinettes électriques. C’est d’ailleurs gratuit pour ces deux-roues afin d’encourager la transition électrique. » Comme quoi la mobilité électrique n’est pas seulement une question technique, mais peut bel et bien constituer un engagement citoyen pour certains entrepreneurs.
L’enjeu – et ce marché – est de taille. « Avec près de 2,5 millions de points de recharge, dont plus de 168000 ouverts au public sur l’ensemble du territoire, la France se hisse sur le podium des pays européens les mieux équipés pour accompagner l’essor des voitures électriques et hybrides dans le parc automobile », se félicitait le ministère de l’Économie et des Finances en mai dernier. Objectif à l’horizon 2030 : atteindre 400000 points de recharge dans l’espace public, dont 50000 en recharge rapide.
La petite reine de la mobilité électrique
Enfin, quand on pense mobilité verte, on pense également aux déplacements urbains. Ces dix dernières années, le marché du vélo à assistance électrique (VAE) a connu un boom exponentiel, avant de connaître un trou d’air en 2023-2024. En France, plusieurs entrepreneurs avaient compris plus vite que d’autres l’intérêt de se lancer dans la course, et résistent mieux. Le premier d’entre eux – Moustache Bikes, installé à Thaon-les-Vosges – a commencé son aventure en 2012, et compte bien repartir de l’avant en 2026 pour repasser la barre symbolique des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Notre activité industrielle a un fort besoin de fonds de roulement et d’investissements pour le futur, avance Olivier Cantet, PDG de Moustache Bikes. Il faut être capable d’investir aujourd’hui pour développer les produits innovants de 2027, 2028. Nous sommes dans un marché qui reste difficile à anticiper, ce qui rend le pilotage de l’outil industriel plus compliqué. » L’entreprise réalise 60% de son chiffre d’affaires en France, mais se développe principalement en Allemagne et dans le Benelux où ses VAE premium remporte un franc succès.
La mobilité douce est aujourd’hui inscrite dans les politiques publiques, mais aussi dans les programmes universitaires. « Le transport individuel est le premier poste d’émission de gaz à effet de serre, bien plus que le chauffage, l’industrie, la viande… avance Malvina Orozco, chargée de mission Mobilité au sein de l’université de Bordeaux. La cible, ce sont les gens qui prennent leur voiture pour faire moins de 5km, ce sont eux que j’ai envie de convaincre. » Quant à ceux qui veulent aller plus loin, l’alternative au diesel et au sans plomb 95 est déjà là : les constructeurs automobiles travaillent d’arrache-pied avec leurs fournisseurs de batteries pour faire baisser les prix, tandis que d’autres entreprises développent avec ardeur le maillage territorial des bornes de recharge. Oui, la révolution est en cours.

