Nécessaire pour développer de nouveaux projets d’aménagement, la réhabilitation de sites, de sols ou de bâtiments pollués est une opération complexe qui doit être réalisée par des spécialistes.

C’est bien sûr le cas de la dépollution nucléaire mais aussi du désamiantage et du déplombage.

Le long processus de démantèlement nucléaire

Conséquence de la réglementation, de la croissance urbaine et de la remise en service d’anciens sites industriels, les chantiers de dépollution et de réhabilitation se multiplient en France depuis une vingtaine d’années.

Il s’agit le plus souvent de chantiers complexes, encadrés par une réglementation particulièrement stricte, et qui ne peuvent être réalisés que par des entreprises spécialisées, certifiées et expérimentées.

Pour ces opérations, maîtres d’ouvrage, exploitants et entreprises sous-traitantes sont amenés à collaborer pour intégrer en amont, dès la préparation du projet, la sécurité des travailleurs, de la population et de l’environnement.

On recense notamment en France quelque 275 000 sites industriels potentiellement contaminés et qui devront être remis en état. C’est le cas, en particulier, des installations nucléaires dont le démantèlement et la décontamination représentent les opérations de dépollution les plus lourdes et les plus complexes.

Dans ce domaine, le démarrage des opérations de déconstruction est d’ailleurs soumis à une autorisation par décret ministériel, à la suite de l’examen de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et après enquête publique auprès des populations locales.

Ces grands chantiers de dépollution nucléaire s’étalent généralement sur plusieurs décennies. Ainsi, le démantèlement des six réacteurs EDF de première génération, dont le dernier a été arrêté en 1994, devrait être finalement achevé après 2100.

Aujourd’hui, trois autres réacteurs EDF, de technologies différentes, sont également en cours de démantèlement. Selon EDF, « la déconstruction d’un réacteur à eau pressurisée dure quinze ans à compter de l’obtention du décret de mise à l’arrêt définitif et démantèlement » et coûte « entre 350 et 400 millions d’euros ».

Pour les autres technologies, la durée du chantier varie en fonction de la complexité des opérations à réaliser, celles-ci nécessitant souvent de développer des solutions techniques innovantes.

Le 22 février 2020, le premier réacteur de la centrale de Fessenheim a également été stoppé, précédant l’arrêt du second réacteur survenu le 29 juin dernier. Le démantèlement la centrale nucléaire alsacienne, mise en service en 1977, devrait durer vingt ans, jusqu’en 2040.

À elle seule, la phase préparatoire, qui va débuter après l’arrêt des réacteurs, est programmée sur cinq ans. Au total, pour démanteler les 58 réacteurs actifs en France, EDF a provisionné 23 milliards d’euros.

Jacques Longuet, délégué régional d’EDF explique que l’entreprise est « en train de créer une nouvelle filière : on déconstruira bientôt plus qu’on ne construira ».

EDF structure sa filière de démantèlement avec d’autant plus d’attention que les projets vont se multiplier en France et à l’étranger au cours des prochaines décennies.

Des technologies spécifiques

Le CEA, qui est à la fois responsable du démantèlement de ses propres installations et acteur majeur de la recherche dans ce domaine, compte 36 installations à démanteler et plus de 100 projets d’assainissement-démantèlement. Il a notamment lancé deux programmes de grande ampleur sur ses centres de Marcoule et de Fontenay-aux-Roses.

« Les chantiers d’assainissement-démantèlement nécessitent différents savoir-faire et technologies. Le CEA assure la maîtrise d’ouvrage de ses chantiers et s’appuie sur des contractants industriels pour la majeure partie des opérations.

Une partie des chantiers utilise des techniques courantes, adaptées au milieu nucléaire. Mais les projets nécessitent souvent le développement d’outils ou de technologies spécifiques », explique l’organisme de recherche.

Parmi les technologies développées par les programmes de R&D du CEA, figurent ainsi un bras robotisé, pour toutes les opérations ne permettant pas une intervention humaine directe, une gamma caméra, qui permet de visualiser les points de radioactivité, ou encore un laser à impulsion, destiné au décapage des peintures.

De son côté, Orano (ex-Areva) est l’un des leaders mondiaux du démantèlement et de l’assainissement des installations nucléaires. Le groupe réalise notamment de nombreuses études de conception et de faisabilité, qui peuvent durer plusieurs années, pour établir des scénarii de démantèlement et de gestion des déchets nucléaires.

Pour mener à bien ces opérations, le groupe utilise à la fois des opérateurs qualifiés et des activités de télé-opération. Robots, drones, scanners 3D, appareil portatif de cartographie radiologique, simulateurs de réalité virtuelle et augmentée… L’innovation est au cœur de l’activité de dépollution.

En février 2020, Orano a été autorisé par l’Etat à démanteler l’ancienne usine d’enrichissement d’uranium Eurodif de Tricastin (Drôme), dont l’exploitation a cessé en 2012. Un chantier qui devrait durer 30 ans, jusqu’en 2051. 

« Le démantèlement est une véritable opération industrielle, conditionnée ici par le gigantisme de l’installation et de ses équipements », explique Philippe Horteur, directeur des opérations. Il portera notamment sur les 1 400 étages de la cascade de diffusion, qui représente 160 000 tonnes d’acier, 30 000 tonnes d’équipements en divers métaux et plus de 1 300 km de tuyauterie.

Des unités de traitement seront mises en place à l’intérieur des bâtiments pour assurer la découpe des équipements à l’aide de cisailles hydrauliques.

Or, toutes ces opérations nécessitent des professionnels compétents pour retirer les matériaux dangereux, pollués ou non à de la radioactivité, comme l’amiante, le plomb ou encore d’autres produits.

Décontamination : une affaire de spécialistes

Même s’ils ne sont pas nécessairement concernés par le problème spécifique de la radioactivité, les chantiers de désamiantage et déplombage sont, eux aussi, encadrées par une réglementation très stricte destinée à protéger les travailleurs, la population et l’environnement de la diffusion des fibres d’amiante notamment, reconnues depuis plus de vingt ans comme cancérigènes.

Les entreprises qui interviennent sur ces opérations doivent obligatoirement être certifiées selon la norme NF X46-010. Les grands maîtres d’œuvre leur demandent également d’avoir une bonne expérience dans ce domaine et d’être dotées de capacités techniques et de collaborateurs formés à cet exercice souvent très délicat et très complexe.

Pour ces opérations présentes dans le démantèlement nucléaire, le facteur différenciant sera la compétence de l’entreprise, la formation de ses employés et ses moyens matériels.

C’est avec ce credo que DI Environnement, par exemple, s’est affirmé comme l’un des leaders français du désamiantage et du déplombage, avec des milliers de chantiers de dépollution à son actif, allant des interventions ponctuelles aux opérations les plus complexes.

Parmi ces opérations complexes, cette société est notamment spécialiste en interventions comportant des risques radiologiques (qualifiés sous le référentiel CEFRI) et dispose de collaborateurs formés (450 collaborateurs en 2020) et aptes à intervenir sur les sites de différents exploitants comme EDF, ORANO et le CEA.

Avec une business unit dédiée aux sites sensibles et des références de démantèlement partout en France et à l’international, DI Environnement est clairement identifiée aujourd’hui comme un spécialiste des chantiers industriels à forts à risques et contraintes.

Hugo Rosati, directeur général de DI Environnement affirme « avoir pris le parti de spécialiser (ses) équipes et d’obtenir de multiples qualifications dans plusieurs domaines : bâtiment, industrie, sinistre, risque radiologique, démantèlement et décapage de surfaces métalliques » afin de pouvoir travailler sur des chantiers très complexes.

Comme les autres acteurs du démantèlement “conventionnel”, ce spécialiste de la décontamination développe ses propres solutions innovantes. Au sein d’un atelier d’une quinzaine de personnes, le groupe conçoit et assemble des pièces et matériels nécessaires à ses interventions, des outils spécifiques aux robots permettant d’atteindre des zones critiques où les travaux ne peuvent être effectués par des hommes, comme sur les sites nucléaires à démanteler notamment.

La décontamination est bien un travail de spécialistes même si la crise de la Covid-19 a suscité un foisonnement d’idées issues de PME pas toujours issues de ce secteur si particulier.

La nécessité d’évoluer dans un environnement sain et dépourvu de traces de coronavirus a engendré des innovations intéressantes qui pour certaines d’entre elles pourraient devenir pérennes. Ainsi, le concepteur-fabricant de mobilier pour la distribution alimentaire, Larbaletier, a mis au point un portique de désinfection pour les chariots de supermarché.

Spécialisée dans la dépollution par ultraviolets, la société corrézienne UV Germi table quant à elle sur une baladeuse à UV contre la Covid. L’entreprise avait fait ses armes il y a dix ans avec un purificateur d’air inventé en réponse à la grippe du H1N1.

La crise sanitaire actuelle peut ainsi accoucher de bonnes idées comme de tentatives vouées à l’échec, voire même d’escroqueries. La dépollution et la décontamination ne s’improvisent pas et restent bel et bien l’apanage de sociétés expertes qui travaillent à plein temps sur ces problématiques finalement essentielles dans notre quotidien.

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