Avec un triplement des ventes en 2020 et 96% d’utilisateurs de véhicules électriques satisfaits de leur achat, ce mode de déplacement semble s’imposer irrémédiablement. Néanmoins, pour qu’il devienne la norme, comme le souhaite le gouvernement, les pouvoirs publics devront répondre de manière effective au problème de la recharge des véhicules. Le plan de déploiement des bornes de recharge de 100 millions d’euros présenté fin 2020 montre que la problématique est comprise, mais que l’ambition n’est pas suffisante.

Le gouvernement et les constructeurs automobiles sont aujourd’hui engagés de manière résolue dans le développement de la voiture électrique. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un complément utile de l’automobile classique pour une utilisation principalement urbaine et limitée, car elle doit pouvoir devenir le véhicule de tous les usages. Les efforts pour développer des véhicules électriques avec un design attractif traduisent le chemin parcouru par les constructeurs qui misent désormais sur ce marché soutenu par des aides financières significatives.

Pourtant, malgré tous ces efforts, les nombreux acheteurs potentiels hésitent à franchir le pas face à l’épineuse question de la recharge. Cette dernière se pose d’autant plus aujourd’hui avec un nombre croissant de véhicules électriques en circulation alors que le déploiement des bornes ne progresse pas à la même vitesse.

Le syndrome de la panne sèche !

La peur de la panne sèche était présente dans tous les esprits il y a encore quelques décennies. Avec la multiplication des stations-service, cette peur s’est volatilisée, mais tend à se répandre de nouveau avec l’essor des véhicules électriques. En effet, une fois hors des villes, les automobilistes qui roulent à l’électrique se retrouvent confrontés à un bien rare : les bornes de recharge. Loin du domicile et d’une recharge qui se fait souvent la nuit, le véhicule électrique perd de sa superbe.

Depuis des années, les industriels s’efforcent d’augmenter l’autonomie des véhicules électriques. Malgré ces efforts constants, la différence avec les véhicules à moteur thermique reste significative. Afin de la gommer, il est impératif que l’automobiliste puisse facilement et rapidement recharger son véhicule. Lors d’un long trajet, l’automobiliste fait en général une pause toutes les deux heures. On estime que celle-ci dure entre 15 et 30 minutes. C’est donc le temps maximum que doit durer l’opération de rechargement. Seules les bornes rapides répondent à cette contrainte. Mais aujourd’hui, leur nombre est largement insuffisant. Sur un total de 30.000 bornes publiques existantes, moins de 10% sont à chargement rapide.

Des applications existent pour guider le conducteur afin qu’il trouve une borne aisément. C’est le cas, par exemple, de Chargemap qui revendique une communauté de 500.000 membres. L’application détaille, en temps réel, la disponibilité, la vitesse de charge, l’emplacement des bornes, le coût du rechargement et l’itinéraire pour rejoindre la borne la plus proche.

L’état du parc actuel des bornes de recharge n’est pas non plus optimal. Une étude de 2020 de l’observatoire de la qualité des services de recharge électrique accessible au public de l’association AFIREV (Association française pour l’itinérance de la recharge électrique des véhicules) pointe du doigt ce problème soulignant les nombreux dysfonctionnements existants : une grande majorité des usagers (83%) dit avoir rencontré un défaut de charge au cours des six derniers mois comme un arrêt soudain de la recharge ou une connexion impossible. 58% sont régulièrement confrontés au problème de borne hors d’usage.

De son côté, L’ACOZE (Association des conducteurs de véhicules zéro émission) qui regroupe des « conducteurs expérimentés de la voiture électrique » publie une enquête où, elle souligne ces trop nombreux dysfonctionnements. Elle y développe les attentes des usagers qui sont nombreuses : en finir avec les stations à une seule borne isolée, réduire la distance entre les stations, améliorer la disponibilité, l’affichage et la vitesse de recharge…

Le compte n’y est pas !

Trop peu de bornes et un parc pas toujours en état, le défi est immense. Cécile Goubet, présidente de l’AVERE (Association  nationale pour le développement de la mobilité électrique) le reconnait sur Europe 1 : « c’est là que le bât blesse, les axes routiers ne sont pas assez maillés ». Le gouvernement a bien compris l’enjeu et tente d’y répondre. « Aujourd’hui, cette peur de la panne est en train de se résoudre » affirme la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili en présentant le 12 octobre 2020 aux cotés de grands partenaires industriels et d’acteurs de la grande distribution, le plan des « 100 000 bornes ». L’État a mis sur la table une enveloppe de 100 millions d’euros pour équiper les autoroutes et les routes nationales françaises de bornes de recharge rapide.

Le ministre délégué chargé des transports Jean-Baptiste Djebarri a annoncé que d’ici au 1er janvier 2023, toutes les aires de service du réseau autoroutier concédé devraient être équipées de stations de recharge. L’enjeu est de taille : multiplier par trois le nombre de bornes en moins de deux ans. Pour Cécile Goubet, « c’est une nécessité car le développement de la voiture électrique va très vite, il est donc essentiel que les investissements suivent ».

La politique gouvernementale mise en place était indispensable et elle est la bienvenue. Mais pour les associations et les usagers, le compte n’y est pas vu l’ampleur du chantier. De plus, les axes secondaires et les territoires ruraux isolés sont les grands oubliés de ce plan. Un paradoxe, alors que la crise de la Covid-19 fait redécouvrir aux Français les attraits d’un habitat moins centralisé dans des zones périurbaines, voire rurales.

Ainsi, trop de questions restent aujourd’hui sans réponse. L’État devra revoir sa copie. Effectivement, au-delà de l’augmentation quantitative du nombre de bornes, c’est surtout une véritable révolution routière qui doit s’opérer dans les mentalités et se concrétiser sur le terrain. Une stratégie plus ambitieuse qui prenne en compte la mise en place de bornes adaptées à tous les usages et sur tout le territoire avec un maillage plus dense doit être (re)pensée. Mais il est aussi impératif d’améliorer l’information et l’aide aux usagers ainsi que la maintenance et le remplacement des bornes obsolètes. 100 millions n’y suffiront pas.

Nos voisins allemands, qui disposent aujourd’hui d’un parc de bornes de recharge quasiment identique en nombre à celui de la France ont bien compris cet enjeu. Ils ont mis en place un plan beaucoup plus ambitieux, avec un financement de plus de 2 milliards d’euros pour un objectif d’un million de bornes d’ici 2030.

S’il veut atteindre rapidement l’objectif symbolique du million de véhicules, l’État doit désormais répondre à ces inquiétudes et aux attentes légitimes des automobilistes qui ne demandent qu’à être convaincus. Il devra aussi augmenter son effort et investir à la hauteur de ses déclarations. C’est la première condition pour amorcer enfin de manière pérenne ce virage définitif pour une route plus verte.

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